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" RÊVES et QUÊTES "
Commissaire : Ariane Plante

Nous sommes ravis de partager "RÊVES ET QUÊTES", le deuxième programme gratuit de la série DES TRANSHUMANCE, DE L’AUTRE CÔTÉ qui a été sélectionnée par la commissaire ARIANE PLANTE. "RÊVES ET QUÊTES" examine le concept de la "transhumance" d'un point de vue poétique, comme une trajectoire ou un appel vers l’ailleurs, pour amener un changement. Dans son essai, Plante regarde la manière dont ce thème est abordé dans les œuvres de John Paizs, Josiane Bernier avec Ariane Voineau, Daniel Browne, Amanda Strong avec Bracken Hanuse Corlett et Jérémy Comte.

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PROGRAMME #2 de la série 
DES TRANSHUMANCES, DE L'AUTRE CÔTÉ :

RÊVES ET QUÊTES


COMMISSAIRE :

ARIANE PLANTE

"RÊVES ET QUÊTES"
Par : ARIANE PLANTE


Si la transhumance évoque par définition la notion de migration, elle représente aussi pour moi, dans une approche plus poétique, une trajectoire, un appel vers l’ailleurs, un changement. Naissant souvent d’un désir, d’un besoin ou d’une nécessité, elle lie ou sépare entre eux des espaces liminaux, des temporalités, des écosystèmes, des états, des êtres mais sous-entend également la perspective de traversées et de quêtes : traversée géographique et nécessaire, quête intérieure, existentielle, consolante ou même salutaire, la transhumance inspire un processus et trace nécessairement un itinéraire, physique ou intangible, elle raconte une histoire. 

Des transhumances – de l’autre côté met en lumière cette vision bien personnelle que j’ai du concept. Avec le premier programme, Migrations et voyages, je me suis intéressée aux transhumances humaines en lien avec le territoire. Avec celui-ci, qui s’intitule Rêves et quêtes, c’est à un aspect plus insaisissable de la notion que je m’attarde. 

La transhumance m’interpelle depuis que j’ai fait la lecture de l’ouvrage Montaillou village occitan de 1294 à 1324 de l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie, dans le cadre d’un cours en anthropologie culturelle. La monographie retraçait la vie des habitants d’une bourgade en Haute-Ariège, au Moyen-Âge. Mon plongeon dans l’univers de cette communauté marginale et hérétique, pratiquant la migration saisonnière aux côtés de leur bétail, avait à l’époque attisé mes aspirations de voyages autour du globe mais aussi mon intérêt pour ce qu’évoquait cette fameuse idée de transhumance. Le concept me faisait déjà rêver bien au-delà des troupeaux, des montagnes occitanes et du voyage dans le temps que proposait le livre. Il trouvait écho en moi parce qu’il parlait d’estivage, de traversée, de paysages, du cycle des saisons, de marche, du rythme de la nature, mais aussi de changement. La transhumance interpellait ma soif de découvertes et d’explorations de territoires naturels et humains, tout en devenant le moyen par lequel je pouvais poursuivre la quête de sens qui animait la jeune adulte que j’étais alors.

Mais si l’idée de la transhumance peut communément devenir le symbole de la vie bohème à laquelle l’on aspire durant notre jeunesse, à ce moment où tout paraît possible et où l’idée de voyage nous magnétise, elle peut aussi illustrer un chemin parcouru, sur lequel l’on pose un regard rétrospectif. Dans ces perspectives, j’aime imaginer que les paysages traversés et la quête qui nous propulse se lient intimement ; le paysage, tout en forgeant sa topographie en nous, en vient à porter l’infime marque de notre propre passage, à incarner notre quête. La force avec laquelle il peut, selon moi, représenter des états intérieurs a influencé le point de vue que j’ai choisi d’embrasser avec la présente sélection de films.

...la transhumance inspire un processus et trace nécessairement un itinéraire, physique ou intangible, elle raconte une histoire.

En effet, les œuvres cinématographiques retenues ne sont pas étrangères à ces conceptions et témoignent autant de l’élan jeune empli d’espérances poussant à embrasser le monde, de la voie qui nous définit que de l’œil accompli et bienveillant à l’égard de la route franchie. Mes préoccupations « d’apprentie anthropologue » tout comme mes intérêts pour les questions de cycles et de transformation et pour les liens qui nous unissent au territoire, aux paysages et à la nature donnent au corpus d’œuvres un esprit infusé de flânerie, de vagabondages physiques et imaginaires et d’une touche de mélancolie. 

Par le biais de courts métrages – documentaire, films d’animation, essai et film expérimental – le programme " Rêves et quêtes " célèbre des aspirations, des rêves, des quêtes de sens, d’identité, des quêtes intérieures, individuelles et existentielles. Il parle de peurs, de manques, de désirs, d’affects, de voies, de transformations, de transitions, et de notre finitude aussi…Finalement, il offre un regard subjectif sur ce qui pourrait ressembler au passage de la vie : un chemin louvoyant, une longue traversée du paysage qui laisse des traces en nous mais aussi partout autour de nous.

The Dreamer 
The Dreamer créé par John Paizs en 1976 est un film d’animation muet follement rythmé par une pièce musicale du groupe rock britannique Electric Light Orchestra. À partir de dessins rappelant l’esthétique des vieux films de Disney, The Dreamer raconte la cavalcade brève mais effrénée d’un éléphanteau rose aux ailes de fée. Entrant dans un château en dansant avec légèreté, il se trouve immédiatement poursuivit par un grand méchant loup muni d’ailes de chauve-souris. Cherchant à s’enfuir, le petit éléphant s’enfonce dans les dédalles de la demeure royale, le loup à ses trousses. La musique, omniprésente, appuie avec constance le suspense. Le petit éléphant se retrouvant coincé à la plus haute tour n’a finalement d’autre choix que de sauter dans le vide puis s’engouffre dans l’eau obscures qui ceinture le bas du château. Au dernier plan, il se réveille blotti dans les bras de l’un de ses parents, en pleine forêt, alors que gronde un orage. Ce n’était qu’un rêve. 

Cette animation à la fois réjouissante et sombre reprend les codes et les symboles emblématiques des contes de fées classiques – château, créatures volantes, opposition entre le bien et le mal, par exemple –. Derrière la candeur du scénario et le montage serré se profilent de multiples pistes de lecture. J’y vois certes l’histoire d’un cauchemar nocturne mais aussi l’évocation accélérée d’un passage : celui de l’enfance naïve vers l’âge adulte, grave et soucieux. Le film suggère en mon sens un plongeon dans les profondeurs aqueuses de l’inconscient, peuplé de peurs, de démons et de désirs enfouis, et évoque l’approche de ce moment crucial où s’effectue le grand saut dans l’inconnu, amenant à quitter les bras parentaux rassurants pour aller vers l’incertitude, qui semble prête à nous avaler. 

Cette animation à la fois réjouissante et sombre reprend les codes et les symboles emblématiques des contes de fées classiques...

Territoire 
C’est sans doute mon amour de la danse et mon admiration pour le potentiel d’expressivité du corps et du mouvement qui ont attiré mon attention vers ce film sensible et atypique. S’apparentant à un songe, Territoire est un essai cinématographique non narratif teinté de mystère, réalisé par la danseuse et chorégraphe Josiane Bernier, en collaboration avec sa complice Ariane Voineau.

Assemblant de belles et longues scènes filmées à l’intérieur d’une maison et dans le paysage aux alentours, le film entremêle le dedans et le dehors pour dessiner l’amorce d’une transformation.  Dans un environnement dépouillé où le passage du temps est inscrit dans chaque élément – la maison, ses craquements, les objets et les accessoires choisis, le paysage –, deux femmes enchaînent lentement une succession de gestes et de mouvements répétés, des manœuvres minimalistes teintées d’étrangeté. À la fois seules et « ensemble », représentant autant le « je » que le « nous », par leur présence, leurs corps et leurs interactions, elles suggèrent une dualité, entre elles mais également entre ce qui a été, ce qui est et ce que profile l’avenir. 

Sur la surface de la roche immuable gronde une métamorphose. S’il semble suggérer un appel vers « l’ailleurs », le film suggère aussi la prémonition d’un possible naufrage. Dans une forme de solidarité fragile, les corps et les actions des deux femmes laissent paraître une volonté de s’extirper d’un certain état des choses, d’explorer de nouveaux territoires, de surmonter les obstacles, d’aller au-delà des limitations que l’on nous impose, que l’on s’impose. Je vois dans leur gestuelle rituelle le désir naissant de sortir des sillons : les sillons identitaires et perceptuels – peut-être ceux culturellement et historiquement liés au rôle des femmes – mais aussi les sillons quotidiens et routiniers, aux battements invariables, dans lesquels l’on s’enfonce souvent sans même s’en rendre compte.

L’essai est pour moi une allégorie de l’affranchissement, un poème visuel qui parle d’une quête d’émancipation, une sublime invitation à se défaire des liens qui nous gardent enfermés dans les territoires figés du temps, à s’évader d’une vie trop étroite. 

...une forme de solidarité fragile, les corps et les actions des deux femmes laissent paraître une volonté de s’extirper d’un certain état des choses,...

Mi’a  
Pour créer cette fable animée sans paroles, les réalisateurs Amanda Strong et Bracken Hanuse Corlett ont utilisés une multitude de techniques, de matériaux et de médiums – marionnettes, animation par ordinateur, dessins, animation image par image, animation d’objets en argile, en pâte à modeler, en papier, etc. La quête revêt ici la forme d’un rêve éveillé. Parcourant la ville en solitaire, faisant des ruelles ses sanctuaires secrets, Mia’, une jeune artiste de rue autochtone, dessine sur les murs des scènes inspirées des histoires surnaturelles et spirituelles de son peuple, guidée par sa seule intuition. Par son art, Mia’ s’engage dans les profondeurs de sa conscience, de sa mémoire et de celle de sa culture. Une nuit, la jeune femme est plongée dans une vision à travers laquelle elle se transforme en saumon voguant par-delà les montagnes et les mers pour retrouver ses terres ancestrales.

Avec une touche de réalisme magique, le film aux allures de légende use d’une multitude de symboles et d’éléments tirés de la cosmogonie autochtone, donnant vie aux figures riches de sens qui la peuplent pour exprimer la quête de la jeune femme qui cherche à renouer avec ses origines et les histoires de son propre peuple. L’œuvre trace les contours d’une quête d’expression, par le biais du gestes artistiques, mais aussi ceux d’une quête de sens sacré et de réparation, de régénérescence. L’univers imaginaire et fantastique de Mia’ évoque la revalorisation et la réappropriation par le peuple autochtone de son monde, de ses territoires, géographiques, spirituels et culturels. La quête semble être celle d’une guérison. 

L’œuvre trace les contours d’une quête d’expression, par le biais du gestes artistiques, mais aussi ceux d’une quête de sens sacré et de réparation...
" memento mori ", Dan Browne, 2012, 28m 30s, Expérimental, Winnipeg Film Group

memento mori, Dan Browne, 2012, 28m 30s, Expérimental, Winnipeg Film Group

memento mori 
memento mori du réalisateur Dan Browne convie à une expérience de la transhumance qui embrasse la plus grande des traversées…celle de la vie. Exploration formelle et poétique réalisée à partir de toutes les photographies prises au cours d’une vie – au nombre de 100 000 – le film superpose en accéléré les images en les assemblant par combinaisons de sujets, d’objets, de perceptions, de rêves et d’expériences, sans ancrage chronologique apparent. 

Par l’amoncellement, l’entrelacement et la perpétuelle permutation des fragments de vie répertoriés et regroupés, memento mori évoque en quelque sorte la manière dont les souvenirs qui construisent notre mémoire, en se superposant au fil du temps, finissent par se mélanger et se fondre les uns aux autres, laissant place à une masse indistincte d’affects et d’impressions. Au gré du défilement, les sujets des images, parfois reconnaissables, s’altèrent et deviennent plus abstraits. En ressort une concentration de couleurs, de formes, de textures, de contrastes, de lumières et de silhouettes qui composent une toile mouvante vertigineuse. La trame sonore délicate reprend aussi des motifs et des fragments en boucle : voix hors champs, effets larsens, bourdonnements sourds, échos de baleine, chants d’oiseaux, cloches d’églises, notes musicales ralenties, s’entrelacent et enveloppent la kyrielle effrénée des photographies.

Transhumance temporelle, le film s’étend comme une litanie mnémonique imprécise, ponctuée de quelques réminiscences fugitives. La rumeur visuelle laisse place à un état méditatif où le temps se suspend et devient élastique, insaisissable. Du début et de la fin, l’on finit par perdre le sens de la durée. La masse d’images, telle un mantra, nous fait voguer au gré d’ambiances et de divers états d’esprit, sans que l’on ne puisse jamais s’y accrocher. C’est l’impermanence des choses qui ressort finalement de ce paysage cinématographique hypnotique. Et c’est d’une grande beauté!

..." memento mori " évoque en quelque sorte la manière dont les souvenirs qui construisent notre mémoire, en se superposant au fil du temps, finissent par se mélanger et se fondre les uns aux autres...

Voies (Path) 
La première fois que j’ai vu ce court métrage documentaire, alors que je participais au comité de sélection d’un festival de cinéma, il m’a complètement happée, envoûtée, provoquant en moi une forte émotion. Crée par Jérémy Comte lors d’un grand voyage qu’il a fait autour du monde après ses études, Voies (Path) érige une série de portraits de personnages atypiques que le réalisateur semble avoir croisés au hasard de ses pérégrinations. Comte y construit une œuvre mélancolique qui me parait embrasser dans un même élan l’humanité et la planète entières.

Entre des plans volontairement mis en scène et des cadres réalisés avec spontanéité, le film montre une amusante et touchante galerie de personnages colorés dans leurs environnements, dans les paysages qui les accueillent. Il célèbre la diversité et dépeint des gens sensibles et crus, à fleur de peau, mus par leurs rêves et leurs aspirations, pleins de profondeur et de beautés. Ceux-ci y parlent de leurs voies, de leurs choix, de leurs passions, de leurs blessures, des obstacles qu’ils ont surmontés, des philosophies qui les animent, des croyances qui les habitent. 

Voies (Path) synthétise avec grâce une large part de ce que j’avais envie d’illustrer avec la série Des Transhumances, de l’autre côté. C’est à la fois une traversée, un ensemble de trajectoires entrelacées, un voyage, l’évocation des quêtes existentielles, intimes, absolues et rassembleuses! À travers son propre déplacement, sa propre transhumance, au gré des rencontres, Comte montre l’humanité fragile et forte, sombre et lumineuse, étrange et fascinante. Au-delà des différences, des langues, des identités, des frontières, des cultures, il parle de la quête universelle qui unit les individus aux autres ; une quête noble et salutaire, qui se ressent et s’évoque mieux qu’elle ne se circonscrive, et qui donne foi en l’humanité. Encore aujourd’hui, le film me bouleverse, me fait rêver et m’émeut, il fait renaître le sentiment que j’avais, à vingt ans à peine, alors que je découvrais tout juste la notion de transhumance et de tous ces possibles et que j’aspirais à partir à la rencontre du monde.

...il parle de la quête universelle qui unit les individus aux autres ; une quête noble et salutaire, qui se ressent et s’évoque mieux qu’elle ne se circonscrive, et qui donne foi en l’humanité.

ARIANE PLANTE

Détenant une formation en anthropologie, Ariane Plante œuvre depuis un dizaine d’années comme pigiste dans le milieu culturel et artistique notamment comme commissaire, programmatrice, auteure, chargée de projets puis conseillère artistique. Artiste autodidacte, elle développe en outre une pratique professionnelle en arts médiatiques et visuels. Elle est boursière du Conseil des arts et des lettres du Québec, comme artiste et commissaire, et de Première Ovation, comme artiste, auteur (scénarisation) et commissaire. En 2012, Ariane Plante initie Klondike – décor sonore pour patinoire un projet de commissariat indépendant en art audio. Elle élabore également Occupation trouble, un programme d’œuvres vidéo tirées de la médiathèque de La Bande Vidéo. En 2015, elle fut nommée commissaire principale des éditions 2016, 2017 et 2018 du Mois Multi, festival international d’arts multidisciplinaires et électroniques de Québec. Elle a également programmé un volet Art et Exploration au Festival de cinéma de la Ville de Québec en 2017. Ses textes ont notamment été publiés dans le cadre d’une exposition à Oboro et dans la revue ETC media. Elle vit à Montréal et travaille à Québec et Montréal.
 

Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. L’an dernier, le Conseil a investi 153 millions de dollars pour mettre de l’art dans la vie des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays.